Sentinelles de la Paix > Carnet Voyage 12 Août

 

Jeudi 12 Août :

 

alain Mila Pose le plateau de son "installation" de pierres à l'universite de JenineAujourd’hui je continue le travail de la pierre dont je n’ai pas parlé hier, j’ai commencé à polir et à marquer les pierres de mes « traces », des sillons dont je vous enverrai une photo demain. Le tractopelle est revenu poser la suite des pierres sur la « sentinelle », ça n’a pas été facile (voir photo), puis je suis parti à la recherche des pierres que je vais placer au sommet.

J’ai énormément de travail car Mervat m’a demandé de réaliser une sculpture monumentale pour l’université qui est plus élaborée que ce que j’avais  prévu et cela demande beaucoup de temps. Je réalise la conception et le travail de création ; Mervat voudrait réaliser une fontaine à partir de la « sentinelle », elle sera réalisée par un de ses ami artiste que j’ai rencontré et à qui j’ai laissé des consignes.  Mervat est très contente qu’une sculpture réalisée par un artiste européen prenne place à l’université et ça me fait plaisir aussi. Comme je n’ai plus le temps de m’occuper des jeunes, Béatrice, après avoir assuré le reportage photo durant les premiers jours a pris mon relais et continue avec mes conseils l’atelier sculpture avec les jeunes, merci à elle. Les autres ateliers tournent bien et tous prépare un petit spectacle pour samedi.

On a appris qu’il y a eu un attentat près du check-point de Kalandia, c’est celui qu’on prend pour aller à Jérusalem, on espère ne pas y perdre trop de temps… pour le reste ???

Face à cette folie barbare je comprends que les israéliens se protègent, je constate aussi que ce qui est imposé aux Palestiniens, n’est pas en mesure de les calmer, mais c’est difficile de juger, les uns et les autres ont leurs raisons, il me semble cependant que si il y a une issue à cette logique de guerre, c’est peut-être celuiAlain Mila au sommet qui a le plus de pouvoir qui devrait avoir le plus de devoir. Mais c’est facile de dire cela de l’extérieur, je me contenterais donc de poser une modeste pierre d’une autre logique, d’une autre perception, d’un autre monde peut-être…

Demain je vais tenter de vous parler de mon sentiment sur les jeunes qui participent aux ateliers, sur ce qu’ils pensent du conflit. Toute l’équipe est vigilante à ne pas juger les réactions des jeunes mais aussi à ne pas cautionner leurs débordements  verbaux contre Israël et ces actes éducatifs semblent porter leurs fruits car ils limitent les « amalgames », ils poussent ( à peine) la porte d’une autre perception moins radicale. Nous n’avons pas la prétention de transformer les gens, mais nous espérons apporter une autre vision, une autre logique que celle du ressentiment, c’est peu de chose, mais…

Plusieurs étudiants sont venus me dire que la sculpture avait belle allure, comme quoi… mais beaucoup me regardent comme un extra terrestre, faut dire que je travaille en « marcel » avec une couche de poussière de pierre des pieds à la tête, alors que tous les étudiants sont bien habillés et propres.

  Ce matin j’ai rajouté sept pierres au sommet de la sentinelle, mais le résultat n’est pas concluant, la forme me plait mais les pierres sont instables, pour des raisons de sécurité, en fin d’après-midi je recommence, ça fait partie de la démarche artistique.

Dans l’atelier sculpture il y a 6 jeunes du camp de réfugiés de Jenine, j’ai l’impression d’avoir à faire à des jeunes de banlieue avec des causes supplémentaires de perturbation. Leur vécu, leur souffrance, un manque Alain Mila, artiste lorrain pose en photo au sommet d'une "sentinelle" en Palestine d’éducation ??? Il y a une source de mal être qui alimente leurs comportements, la violence est à fleur de peau, la révolte, l’insoumission sont constantes. Par rapport aux jeunes chrétiens de Zababdeh qui bénéficient d’une éducation plus suivie et de moins de pression liée à la guerre, ils semblent nettement moins structurés. Pour le spectacle ils veulent mimer des combats, des bagarres, on a l’impression que c’est la seule chose qu’ils connaissent (et c’est peut-être le cas ??!). Ils sont prompts aux conflits, ce matin Yazan, le fils du chef du camp de Jenine, un enfant « difficile »,certainement plus difficile que ceux que j’ai connu en enseignant en SEGPA (élèves en difficultés scolaires en France) en tout cas différemment car son intelligence est vive, Yazan s’est battu avec We’Am, un autre enfant du camp, pour des raisons qui me restent inconnues car ils ne parlent que l’arabe. Il a fallu qu’un des membres du croissant rouge palestinien, (qui se trouve en stage à l’université), m’aide à les séparer. Plus tard, j’ai retrouvé Yazan assis dans un coin, l’air méchant, contrarié… Je me suis doucement assis à côté de lui, il me faisait de la peine et je lui ai amicalement donné trois petites tapes sur l’épaule, les larmes lui sont venues aux yeux… Je crois qu’ici encore plus  qu’ailleurs, les Hommes ont besoin d’amour, de douceur…

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